Qui vole les terres d’Afrique?

Dans mon billet précédent, je vous parlais de ce que j’ai mangé en Italie, lors du Terra Madre. Mise à part manger, j’y suis aussi allée pour m’inspirer.

Pour ma part, une de mes grandes inspirations s’est retrouvée dans la conférence suivante.

Qui vole les terres d’Afrique?

Bien sûr, après mon séjour d’un an en Tanzanie à développer des jardins écoliers, je demeure sensible à la cause. Bien que je n’aie pas l’âme d’une militante, le non-sens m’horripile. Et là, j’ai mal à ma race.

Quand j’entends que des multinationales veulent s’emparer des terres des autres pour y faire pousser leur monoculture de chocolat destiné à produire des Kit Kat, un mot me vient en tête : youhou?

Puisqu’un hectare de terre en Afrique est 20 fois moins cher qu’aux États, ça peut être tentant d’aller magasiner là-bas, mais est-ce qu’il n’y aura pas moyen de ne pas abuser d’eux de bord en bord? Mais, faut-il leur dire, les doigts croisés dans le dos, qu’en achetant toutes les terres du patelin, ils auront tous des jobs qui leur permettront d’envoyer leurs enfants à l’école et d’installer l’électricité au village? Ça ne doit pas être super pour votre karma, Messieurs, Dames, géants de l’industrie.

Après, les géants débarquent avec leurs gros tracteurs et leurs nouvelles technologies, ce qui fait qu’ils ont besoin de beaucoup moins de monde pour travailler la terre. Mais, ça, ce n’était pas écrit en pattes de mouche au bas du contrat.

En Éthiopie, les petits producteurs agricoles représentent 75% du PIB. Malheureusement, 80% de leur récolte sera exportée. Ce qui fait qu’il n’en reste pas beaucoup pour nourrir la patrie affamée. Puis, dans le temps de l’écrire, 85% de ces terres seront vendues à rabais aux géants.

Au sommet de la récession, les petits et grands investisseurs ont voulu miser sur les valeurs sûres, comme des monocultures telles que le maïs ou le soya pour nourrir, non pas nous, mais surtout le bétail qu’on mange de plus en plus. Tout ça, pour se mettre à l’abri de l’inflation. Mais, ça tombe mal puisqu’il n’y a plus assez de place pour produire suffisamment de bouffe pour toute la population (9 milliards d’ici 2050) et du coup, elle coûte plus cher de toute façon. Pas pire cercle vicieux, non?

Alors, qu’est-ce qu’on en fait?

Le président et fondateur de Slow Food, Carlo Petrini, lui, croit plutôt que les solutions sont en Afrique même : « À l’heure actuelle, la sécurité alimentaire est une priorité pour tous les peuples, mais les comportements ne suivent pas. Si vous voulez aider l’Afrique, aider tous d’abord les producteurs de vos pays. »

Par exemple, en Corée du Sud, les paysans sont désespérés. La population achète des aliments produits en Chine ou préfère aller cultiver en Afrique. Dans quelques années, les Coréens n’auront plus de terre et devront payer cher pour une alimentation de piètre qualité.

Un autre exemple, les bergers de Sardaigne vendaient un litre de lait pour 2000 lires (1,46CAD), il y a 10 ans. Aujourd’hui, ils reçoivent à peine 0,85CAD pour la même quantité. Les fromagers achètent donc le lait en Roumanie pour faire du faux fromage italien. « Chacun chez soi doit renforcer l’économie locale, pour la souveraineté alimentaire. »

Dans la salle, plusieurs Africains étaient présents pour seconder les propos des conférenciers et aussi partager leur réalité.

Un Sénégalais : « La bourgeoisie locale existe. Quand je pense aux agriculteurs du dimanche qui habitent à Dakar et qui vendent leurs propres terres. Mon propre peuple doit s’aider lui-même. »

Un Camerounais : « À 15 ans, un scientifique m’a montré comment il avait fait pousser une plante en 15 jours. À 43 ans, on parle encore de famine dans le monde. À 6 milliards de personnes sur la Terre, c’est seulement quelques personnes décident qui va manger quoi demain. »

Bref, la solution n’est certainement pas dans des concepts bidons, comme de planter partout sur la planète du soya transgénique à l’abri de toutes les intempéries et qui pousse à la vitesse de l’éclair, ni d’acheter l’Afrique au complet pour des peanuts en pensant que Bouddha ne vous a pas vu dans son angle mort.

Avant que les géants nous invitent à leur prochain brainstorm, je vous laisse me partager vos brillantes idées!

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7 réflexions sur “Qui vole les terres d’Afrique?

  1. La solution est probablement dans un système mixe… Des systèmes agricoles intégrés comme ceux que présente Colline Serreau (http://penseravantdouvrirlabouche.com/2010/10/28/la-terre-vue-du-sol/) et quelques autres terres ou l’agriculture se fera de façon un peu plus intensive pour nourir une population qui croit de façon exponentielle sans avoir à couper ce qui nous reste de forêts. Pour y arriver, on aura peut-être besoin de la technologie. Et pourquoi pas de soja ou de riz qui poussent plus vite. Le problème à l’heure actuelle, c’est notamment que les solutions vienennt pratiquement toutes de corporations qui ne sont pas là pour sauver le monde. Quand est-ce que les États vont investir dans la recherche en agriculture plutôt que subventionner un système qui ne marche pas?

  2. Pourquoi pas l’agriculture urbaine. On l’a vu récemment dans un reportage à Cuba, la culture de fruit et légumes en ville est souvent une solution directe au problèmes d’approvisionnement. À une époque où l’on tente de favoriser la production locale, les jardins urbains sont devenu une solution envisageable pour quiconque souhaite manger des produits bio frais et sans produire de gaz à effet de serre. Les toits sont souvent un espace disponible en ville pour cette agriculture. À Montréal, la superficie des toits représentent 35% de la surface totale de la ville. En plus, cela réduis les îlots de chaleur et absorbe le CO2, et agis comme bassin de rétention pour prévenir les déversement d’égouts.

    Pour l’Afrique, je souhaite que les pays empêche la vente de feux de leur terres.

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