L’état du quinoa en Bolivie

Depuis près de trois ans, je fais de la consultation pour Gogo Quinoa en matière de développement de produits et de marketing alimentaire. L’an passé, j’ai lu plusieurs articles à propos du fait que les producteurs de quinoa en Bolivie n’arrivaient plus à s’en acheter puisque le prix sur le marché international était beaucoup trop élevé, j’ai posé des questions, beaucoup de questions à mon client, Martin.

Petite mise en contexte pour ceux qui ne le savaient pas, 2013 est l’année du quinoa selon la FAO (Food and Agriculture Organization des Nations Unies). C’est donc à cette occasion que CABOLQUI (Chambre bolivienne des exportateurs de quinoa et producteurs biologiques) a organisé une rencontre internationale pour permettre aux « vendeurs » de quinoa à travers le monde de savoir d’où provient l’aliment qu’ils vendent autant. C’est alors que Martin, suite à mes mille et une questions, m’a proposé ceci :

– Il y a une semaine de visites organisées dans les champs de quinoa en mars. La programmation est débile. Tu veux y aller? Tu vas pouvoir poser toutes tes questions directement aux producteurs.

Euh…Wow! J’en veux d’autres des clients transparents comme ça.

C’est donc pour ça que je me suis tapé un marathon en Bolivie à la fin mars. En quatre jours, nous avons visité Uyuni (mon coup de cœur), la communauté d’Ayamaya, le centre de recherche Proinpa et la compagnie familiale Coronilla à Cochabamba. Les routes étant rarement en bon état, nous avons surtout pris l’avion pour nous déplacer, 9 avions en 6 jours. Me voilà déjà dans le rouge côté empreinte de carbone, cette année .

La femme du sous-ministre de l'agriculture et sa fille, près d'Uyuni. Si près de sa communauté, le sous-ministre a fait la route de nuit en autobus (parce que c'est ce qu'il a l'habitude de faire), alors que nous avons pris un vol d'une heure... On ne peut pas en dire autant de notre gouvernement. Crédit photo : Holman Rodriguez
La femme du sous-ministre de l’agriculture et sa fille, près d’Uyuni. Si près de sa communauté, le sous-ministre a fait la route de nuit en autobus (parce que c’est ce qu’il a l’habitude de faire), alors que nous avons pris un vol d’une heure… On ne peut pas en dire autant de notre gouvernement. Crédit photo : Holman Rodriguez
Quinoa rouge et blanc, prés d'Uyuni, où se situe Salar, le plus grand désert de sel. Le quinoa pousse pratiquement dans le sable, dans un sol particulièrement riche en minéraux, à près de 4 000 m d'altitude et où les températures peuvent atteindre -25°C. C'est peut-être plus ça, un super aliment.
Quinoa rouge et blanc, prés d’Uyuni, où se situe le Salar, le plus grand désert de sel au monde. Le quinoa pousse pratiquement dans le sable à près de 4 000 m d’altitude, dans un sol particulièrement riche en minéraux, et où les températures peuvent atteindre -25°C. C’est peut-être plus ça, un super aliment.
Ledit Salar, du sel à perte de vue. Du sel qui s'achète pour des pinottes (10 bolivianos le monticule, environ 1,40$...les travailleurs en vendent environ 5 par jour) parce que l'offre est loin d'être rare. Ça fait que le petit pot de gros de sel à 6$ à l'aéroport...ben je l'ai laissé sur la tablette.
Ledit Salar, du sel à perte de vue. Du sel qui s’achète pour des pinottes, parce que l’offre est loin d’être rare (10 bolivianos/monticule, environ 1,40$…les travailleurs en vendent environ 5 par jour). Ça fait que le petit pot de gros de sel à 6$ à l’aéroport…ben je l’ai laissé sur la tablette.
À Ayamaya, une communauté qui, grâce au meilleur prix qu'ils reçoivent, a pu s'équiper d'équipements pour cultiver leur quinoa de façon plus optimale. Ici, une cholita montre les feuilles de coca qu'elle traine toujours avec elle. "Quand on travaille fort dans les champs, ça donne beaucoup d'énergie", dit-elle. Party!
À Ayamaya, une communauté qui, grâce au meilleur prix qu’ils reçoivent pour leur quinoa, a pu se procurer de l’équipement pour optimiser leur production. Ici, une cholita montre les feuilles de coca qu’elle traine toujours avec elle. « Quand on travaille fort dans les champs, ça donne beaucoup d’énergie », dit-elle. Dans mon cas, j’ai bu du thé de coca toute la semaine pour contrer le mal de l’altitude et j’ai dormi tout le long, dans l’autobus, dans l’avion, même dans le jeep sur les routes de terre…
La Fondation Proinpa (www.proinpa.org) a pour mission de développer des méthodes d'agriculture durable et biologique pour protéger les milliers d'espèces de quinoa et assurer la souveraineté alimentaire du quinoa royale en Bolivie. Ici, différentes plantes à utiliser en compagnonnage avec le quinoa pour éloigner certains insectes. Très ingénieux dans tous leurs projets.
La Fondation Proinpa a pour mission de développer des méthodes d’agriculture durable et biologique pour protéger les milliers d’espèces de quinoa et assurer la souveraineté alimentaire du quinoa royal en Bolivie. Ici, différentes plantes à utiliser en compagnonnage avec le quinoa pour éloigner certains insectes. Très ingénieux dans tous leurs projets.
Finalement, la fabrique de pâtes et d'une foule de produits dérivés du quinoa. Coronilla est possiblement l'entreprise familiale la plus inspirante que je n'ai jamais visité. Équitable, biologique, emploie une majorité de femmes, 10% de son personnel est handicapé, réinvestisse une partie de leur profit dans la communauté... Est-ce qu'il y a quelque chose qu'ils ne font pas? Bref, ce sont eux qui produisent les pâtes et certaines soupes de Gogo Quinoa.
Finalement, la fabrique de pâtes et d’une foule de produits dérivés du quinoa, Coronilla. Possiblement l’entreprise familiale la plus inspirante que je n’ai jamais visitée. Équitable, biologique, emploie une majorité de femmes, 10% de son personnel est handicapé, en plus de réinvestir une partie de leur profit dans la communauté… Est-ce qu’il y a quelque chose qu’ils ne font pas? Bref, ce sont eux qui produisent entre autres les pâtes, les céréales et certaines soupes de Gogo Quinoa.

Si les Boliviens mangent effectivement moins de quinoa qu’avant, ils mangent toutefois une alimentation plus variée, peuvent maintenant payer pour les soins de santé de leur famille et acheter des outils agricoles pour optimiser leurs récoltes. Pour une fois que les agriculteurs des pays en développement font de l’argent. Ce n’est pas peu dire, certains habitants de La Paz, la capitale, reviennent dans leur patelin parce que la production de quinoa est plus payante que de vivre en ville. À titre comparatif, en Tanzanie, j’ai plutôt vu des agriculteurs raser leurs caféiers parce que ça ne vaut vraiment plus la peine d’en produire tellement les prix sont compétitifs à l’international. Aussi, je lève mon chapeau à tous les efforts que la Bolivie met pour une production de quinoa biologique et équitable. Sincèrement, venant d’un, sinon le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, c’est assez impressionnant de constater tout ce qu’ils ont mis en place à la vitesse de l’éclair pour maintenir une production des plus traditionnelle, malgré le fait que de plus en plus d’adeptes à travers le monde mange maintenant du quinoa à la pelleté. À noter que plus de la moitié de la production de quinoa au pays est de façon conventionnelle. Comme dirait Paola Mejia, directrice générale de CABOLQUI, « ce n’est pas parfait, mais on travaille très fort. » Et ça paraît!

Je poursuis la discussion sur Huffington Post Québec.

Ce voyage a été rendu possible grâce à une invitation de CABLOQUI et Gogo Quinoa.

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7 réflexions sur “L’état du quinoa en Bolivie

  1. Toujours très intéressant de voir l’agriculture de ces aliments que l’on importe d’ailleurs (parce que pas disponible içi bien sur) ! Je trouve ce type de voyages-photos-reportage très inspirants. Merçi Catherine de nous le partager.

  2. Ouf! Ça rappelle des souvenirs; 3 semaines à parcourir la Bolivie d’Est en Ouest à la rencontre d’organisations sociales et communautaires. Très beau et bon reportage et superbes photos. Et effectivement, laissons les Boliviens profiter de cette ressource. Par contre, surveillons Monsanto :-/. Merci Catherine.

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