Au-delà du pacte

J’étais en voyage de presse au Maroc lorsque Le Pacte pour la transition a commencé à circuler sur les médias sociaux. Je suis consciente de la plupart de mes gestes et de mes choix de consommation et de leurs impacts environnementaux. Malgré tout, j’ai pris l’avion de Montréal à Casablanca, puis de Casablanca à Marrakech pour ce voyage.

En fait, j’ai pris l’avion 26 fois cette année (pour le travail), incluant certains trajets qui n’étaient pas en vol direct. C’est ni plus ni moins une année normale pour moi.

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En attendant mon bagage au carrousel de l’aéroport hier soir, je vois que mon amie Katerine-Lune Rollet m’interpelle sur Facebook en me posant la même question que le titre de l’article de ma collègue Isabelle Paré au Devoir, Pour le climat, seriez-vous prêt à sacrifier vos voyages en avion? « En matière de gaz à effet de serre (GES), chaque vol transatlantique crache par passager l’équivalent de 60 % des émissions produites par l’usage annuel d’une voiture. Mauvaise nouvelle, une virée dans la Ville Lumière et les bénéfices « carbone » réalisés par une personne végétarienne en un an viennent de s’envoler en fumée », écrit-elle d’entrée de jeu.

Les yeux dans le vide à force de voir les mêmes bagages tourner sur le carrousel, je suis figée devant la case, votre commentaire.

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Je suis incapable de répondre quoi que ce soit. J’angoisse.

Puis, je fais le décompte des gestes que je pose au quotidien pour réduire mon empreinte de carbone. Je n’achète pas de viande à la maison depuis que je suis partie de chez mes parents à l’âge de 17 ans. J’en achète un peu plus (un poulet entier bio de temps à autre) maintenant que je partage ma vie avec un carnivore, bien qu’il ne soit pas du tout contre l’idée de tromper le boucher avec des végétaux. Je me déplace principalement en vélo, en métro ou à pied à Montréal, mais aussi en voyage. Je composte. Je recycle. Et je suis un peu obsédée par le plastique à usage unique, une autre bonne raison d’éviter les boissons sucrées et les aliments ultra-transformés qui sont bien souvent ultra-emballés. J’essaie de consommer moins, mais mieux au quotidien.

Devrais-je me taper sur la tête parce que mon empreinte écologique est loin d’être parfaite? Je ne pense pas.

Au-delà des GES

Toujours dans Le Devoir, ma collègue Isabelle Paré traite également des GES dans l’assiette. Elle cite entre autres, Colleen Thorpe, directrice des programmes éducatifs chez Équiterre : « …l’urgence climatique mène à canaliser toute l’attention et les discours gouvernementaux autour du calcul des GES, reléguant à la marge l’importance de préserver la biodiversité et l’intégrité des milieux naturels qui seront essentiels pour s’adapter aux changements climatiques. Les chiffres ne sont que de froides statistiques. Ce que l’histoire nous a appris, c’est que les gens ont le goût d’agir quand leurs émotions entrent en jeu. Pour changer des habitudes, il faut qu’un geste résonne, que ça interpelle les gens là où ça compte pour eux, ne serait-ce que parce que ça touche leur santé, leur qualité de vie, leurs enfants. À ce moment, les gens se sentent prêts à agir. »

Dans un contexte alimentaire, j’insiste sur ce point : l’importance de préserver la biodiversité. J’ajouterais à cela l’importance de s’intéresser à l’éthique humaine dans l’agriculture (et ailleurs), un sujet qui me touche profondément et qui devrait tous nous toucher davantage. Si nous sommes fins prêts à agir un geste à la fois pour le bien de notre santé et celle de la planète, nous devrions naturellement être touchés par le bien-être de ceux et celle qui, ici et ailleurs, nous nourrissent chaque jour.

Et si on mangeait plus local?

Nous sommes fiers de promouvoir l’alimentation locale. Nous avons toutes les raisons de l’être, tant pour les bienfaits économiques, environnementaux et humains. Mais la réalité est que nous ne mangeons pas vraiment « local ». Chaque matin, nous buvons à peu près tous du café ou du thé auquel nous ajoutons probablement un ou deux cubes de sucre. Nous tranchons une banane sur nos rôties tartinées de beurre d’arachide que nous accompagnons souvent d’un verre de jus d’orange. En collation, nous grignotons une poignée de noix et quelques dattes. Et cela se poursuit tout au long de la journée.

Devrions-nous nous taper sur la tête chaque fois que nous mettons un aliment importé sur la table? Je pense encore que non.

L’alimentation, comme la plupart des industries, est plus globale que locale depuis plusieurs années. Le but n’est pas forcément d’éliminer tous les produits importés de notre assiette, que ce soit par souci environnemental ou économique. Le point est de voir la réalité en face, d’y réfléchir et collectivement, de contribuer à changer les choses et à repenser au système alimentaire mondial. Même si la liste de changements à accomplir semble interminable, nous ne devrions jamais sous-estimer le pouvoir que nous avons en tant que consommateurs. Sans nous, l’industrie meurt après tout. Profitons-en!

L’exemple du sucre

Pour être bien honnête, le nombre de cuillères à thé du sucre dans chaque produit m’importe peu. Dans la plupart des aliments ultra-transformés, il y en a souvent trop, de toute façon. Si je me suis intéressée au sucre au point d’écrire un essai à ce sujet, c’est surtout parce que c’est un excellent exemple pour expliquer à quel point notre modèle alimentaire ne tourne pas rond. D’une part, l’histoire du sucre est intimement liée à celle de l’esclavage, comme celle du coton, du café, du tabac… C’est aussi une des premières monocultures, si bien que le World Wildlife Fund décrit la canne à sucre comme la plante dans le monde qui a nui le plus à la biodiversité.

Champ de canne
Champ de canne à sucre à la Barbade, une photo de Jonathan Boulet-Groulx, tirée de Sucre, vérités et conséquences.

Encore aujourd’hui, la culture de la canne à sucre est bien souvent issue de l’esclavage, comme plusieurs autres cultures, aussi végétales soient-elles. Bon nombre d’entre elles contribuent également à la détérioration des sols – des monocultures comme le maïs et le soya qui servent en effet à nourrir le bétail, mais aussi à produire des sous-produits comme le sirop de glucose-fructose – et nuisent à la biodiversité (parce qu’on veut tous manger les mêmes choses en même temps, pensons aux avocats). Par-dessus tout, des humains sont exploités chaque jour pour nous fournir des aliments cheap, qu’ils soient de source animale, marine ou végétale.

En ce moment, je lis Comment notre monde est devenu cheap, de l’économiste Raj Patel et de l’historien Jason W. Moore. Le livre raconte comment sept aspects de notre mode vie (la nature, l’argent, le travail, le care, l’alimentation, l’énergie et nos vies) ont été « cheapisés », afin de leur donner une valeur marchande. Pour les capitaliser au maximum, il est inévitablement payant de les produire en masse au plus faible coût possible. Et cela a forcément des impacts majeurs sur l’environnement, la biodiversité et les droits de la personne. Mais nous compensons rarement pour ces dégâts-là.

En bref, j’ai signé le pacte pour la transition afin de m’engager à continuer de réduire mon empreinte écologique à ma façon, même si je ne suis pas prête à mettre une croix sur ma plus grande passion, voir le monde. J’aimerais aussi signer un pacte pour encourager la préservation de la biodiversité et assurer plus d’humanité dans nos vies et celle des autres. D’ici là, je continue de m’informer à propos de l’histoire de l’alimentation, de prendre conscience de l’état de la situation et de trouver des pistes de solutions.

Et je me fais le devoir d’en parler le plus souvent possible.


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