C’était un matin de juillet, en 2011, que l’idée m’est venue de me lancer tête première dans le vide, bien en dehors de ma zone de confort. Écrire de la fiction. C’est en mangeant une énième omelette feta chez Byblos avec mon éditeur que tout a commencé.
Lui : Avec tous tes voyages, ça te tenterait pas d’écrire de quoi avec ça?
Moi : Justement, j’avais une idée à te proposer et j’aimerais vraiment ça avoir ton avis d’éditeur. Si ça ne tente pas de publier de roman ou de me publier point, c’est pas grave. J’veux juste savoir si c’est une bonne idée.
Lui : Envoye, shoot.
Moi : Je pensais faire vivre des relations amoureuses à une fille dans des destinations que j’ai déjà visitées.
Lui : Ouin, mais j’veux pas de nouvelles. J’haïs les nouvelles.
Moi : Non, non. J’pensais plutôt à un chapitre par gars.
Lui : Ok…J’aime ça. Mais, penses-tu avoir assez de jus pour faire un livre avec ça?
J’ai retiré la bouchée de pita débordant d’omelette feta que j’avais déjà à moitié dans la bouche.
Moi : Crois-moi.
Ça m’aura pris presque deux ans pour écrire l’histoire d’Elsie, inspirée par des destinations que j’ai visitées, des rencontres que j’ai effectivement faites et surtout, plusieurs anecdotes qui m’ont été racontées. Le bonheur d’écrire des faussetés, des choses qu’on aurait tant aimées ou eu horreur de vivre.
Dans mon métier de nutritionniste et de journaliste par la bande, je suis toujours dans les faits, les statistiques, les études randomisées contrôlées à double insu… J’avais besoin de changer d’air, de m’aventurer vers des terrains inconnus, d’accomplir ce que ma superviseure de stage me disait que j’étais incapable de faire, écrire (même si ça représente une partie importante de mon métier aujourd’hui). J’ai toujours eu plus de facilité à parler. Je préfère la télé à n’importe quel autre média. C’est plus naturel pour moi. Mais, ce n’est pas parce que j’ai toujours été poche pour écrire des textes scientifiques trop longs pour rien, dans un cadre rigide tel qu’enseigné à l’université que je ne sais pas écrire. Cela dit, j’ai récemment écrit un article dans le magazine de mon Ordre professionnel portant sur les nutritionnistes dans les médias sociaux. De retour en mode rigide, mon article ne cadrait évidemment pas dans le moule. Il a donc été modifié de A à Z pour respecter la ligne éditoriale du magazine jusqu’à ce que je le trouve plate à mort. Ça m’a rappelé une fois de plus pourquoi je n’écrivais pas ce genre d’article et à quel point je suis privilégiée de travailler avec des rédacteurs en chef qui ne sont pas aussi rigides. C’est donc dire que ce n’est pas parce qu’on n’entre pas dans le cadre, qu’on n’entre pas nulle part.
Pour mon roman, j’ai donc écrit ce qui me plait, avec mon ton, mes anglicismes et mes imperfections. Je ne peux même plus compter le nombre de vendredis soir que j’ai passé à créer Elsie, à la faire voyager et à lui faire vivre autant d’euphorie que de pertes de repères.
Tout au long de l’écriture, j’ai pensé à elle comme à une petite sœur, à qui j’avais souvent envie de dire : « embarque-toi pas là-dedans, il ne fera pas de move pour vrai », « écoute ta grande sœur, sacre ton camp pis vite », « mais oui, mais, y’est même pas ton genre c’te gars-là! »… Le genre de chose que je me suis réellement entendue dire à une amie qui vivait une histoire à la Elsie avec un mec de Guyane française lors de mon passage au Suriname à l’automne dernier. Quand elle me racontait son histoire, c’était Elsie tout craché. À cet instant précis, j’étais vraiment contente de m’être lancée dans le vide.
Me voilà donc avec un beau roman tout neuf que je présenterai au Salon du livre de Québec en fin de semaine. Au plaisir d’entendre vos histoires d’amour outre-mer.
P.S. : Mon horaire de dédicaces est samedi et dimanche, de 12h30 à 14h30 au kiosque 77.
























